PORTE

Elle est là, devant moi, et pour être à l'unisson avec elle, je la regarde les yeux mi-clos.

Une porte entrouverte, c'est si joli à regarder, en s'approchant de plus près, on peut y voir tout son passé, trace de doigts qui l'ont salie, veinures de son bois qui se sont creusées au fil des années, et au bord de ses charnières, là, une rayure profonde d'un tournevis qui a dérapé, autant de défauts qui lui confèrent une personnalité, son vécu et sa beauté., .

Une porte entrouverte, c'est mystèrieux aussi, de son aura ne filtre qu'une lumière douce et tamisée, zen et reposante, vers laquelle on ne peut qu' être attiré, mi-rayon de soleil dont la lumière est éblouissante ou mi-brouillard, comme au travers d'une fumée de cigarette, qui ne laisse qu'apercevoir ce que la porte veut nous donner. tant de nuances dans ses lueurs qui lui accordent mille secrets.

Une porte entrouverte c'est solide, c'est qu'elle en a vu du monde passer, et repasser, elle en a acquit une certaine maturité, bien au delà de sa carrure, bien au delà de sa hauteur, elle sait faire la part des choses, elle est frontière de deux mondes d'un côté salon où l'on peut jouer de tout, de rien, et de l'autre un bureau où, je vous l'accorde des tas de papiers sont éparpillés, mais où le sérieux règne avec maîtrise..

Une porte entrouverte c'est fragile aussi, son petit bouton de porte, rond et lisse, sous lequel le doigt glisse, et ses taches du passé tellement ancrées, encrées qu'elles ne peuvent se détacher ils lui font l'effet de tares, mais il n'en est rien, ce sont juste le reflet de sa singuliarité, sa signature.
La fragilité d'une porte entrouverte réside dans sa pudeur, cette ouverture qu'elle ne peut pas complètement dévoiler.

Une porte entrouverte, ça dénote, car aucun son n'a son pareil, quelques bruits sourds arrivent de derrière, si lointains qu'il faut parfois s'en approprier le sens, et parfois si clairs que juste en les écoutant, on s'en laisse bercer, la encore la porte ouverte fait preuve de diversité.

Et moi dans tout ça, moi je suis là, je n'ose pas toucher la poignée, non, en fait je ne veux pas la déranger, j'aime sa semi ouverture, vraiment, non, ne pas toucher sa poignée, ne pas la pousser, ne pas la brusquer, je sais que je ne la ferai jamais sortir de ses gonds, elle restera là, à sa place, au centre de mon cocon, comme le coeur de mon appartement, de ma porte entrouverte il ne manque que deux yeux bleus, pour que j'en sois amoureuse, et d'une bise, vent léger, c'est moi finalement qui me suis ouverte, en passant devant, juste l'espace d'un instant, m'infiltrant discrètement dans cet espace, entre le sien de "battant" et ce mur m'appartenant,

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Tags : porte

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